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17.12.2009

Peut-on démystifier l’intelligence économique?

Dans l’œuvre titanesque de sensibilisation à l’intelligence économique à laquelle nous nous attelons actuellement en Afrique centrale, observons que les jeunes politiques et chefs d’entreprises intègrent progressivement les enjeux du travail en réseaux sécurisés, de souveraineté économique et de compétitivité auxquels la mondialisation oblige l’Afrique. Ils comprennent que le concurrent -même sous couvert de coopération nord-sud, d’échanges culturels ou d’aide humanitaire…- ne peut les instruire à ses dépends. Ce point d’appui fondamental revêt, pour les acteurs africains d’intelligence économique, une responsabilité immense dont l’un des défis, et non des moindres, est de se faire comprendre de leurs interlocuteurs. Cette exigence n’est cependant pas l’apanage de l’Afrique. Loin s’en faut. D’après des retours d’expériences auprès des PME-PMI européennes, l’intelligence économique, de par « son jargon abscons », « ses cartographies complexes » et « ses retours sur investissements difficilement quantifiables » renvoie souvent l’image d’une école de mystères dont le parvis est bondé de candidats volontaristes et le Graal réservé à une infime minorité d’initiés. Le 28 février 2008 à 8h 49, Justin Mabouth, un de nos fidèles lecteurs au Cameroun nous invitait sur ce blog à une explication, une de plus, de l’intelligence économique en « termes simples » dans l’optique, disait-il avec pertinence, « d’une adhésion de masse » en Afrique centrale. D’où cette question qui interpelle l’ensemble de la communauté IE internationale: peut-on démystifier l’intelligence économique ? Dans l’espoir que la réponse soit « <OUI », commençons par identifier les « obstacles » liés aux deux grands courants qui travaillent la profession avant d’examiner une troisième voie, médiane celle-là, qui pourrait être la clé d’une intelligence économique rendue simple par sa clarté.

-le courant “élitiste”

Il est d’abord constitué de “For ever BOND ».
Sans porter de jugement de valeur, nos analystes y regroupent les adeptes du « monde obscur », celui des officines de renseignements. Les « For ever BOND » sont souvent, pas toujours, d’anciens agents des services secrets reconvertis dans l’intelligence compétitive et/ou économique et/ou stratégique entre 45 et 65 ans en moyenne. Le leader mondial Kroll & Associates n’est-il pas l’œuvre d’un ancien des services américains ? Les « For ever BOND » parlent peu, publient peu, écoutent beaucoup. Ils peuvent vous rappeler 6 mois après que vous leur avez donné votre carte de visite au cours d’une conférence de haut niveau, juste pour avoir une information précise aux fins de recoupement. Leurs questions sont généralement ouvertes. Après, silence radio. Ils répondent rarement aux emails. Lorsqu’ils le font, c’est trois lignes maximum, des verbes d’actions, plusieurs abréviations qui masquent des fautes d’orthographe tout en donnant un air pressé, hyper-occupé. Ils ne vont pas à la ligne. Généralement piètres communicateurs, ils ne disposent d’un site internet que parce que c’est dans l’air du temps. « C’est inévitable actuellement » nous a confié l’un d’eux en manipulant son Blackberry. Ils sont d’ailleurs plusieurs à n’avoir jamais consulté le contenu du site internet de leur « boîte », lequel a été réalisé par un webmaster externe sous la supervision de l’assistante de direction. Si l’information c’est le pouvoir, pour eux, la distance crée le mythe. Ils ne répondent à une invitation que si elle vaut vraiment la peine. Par une espèce de cooptation, la majeure partie des « For ever BOND » officie auprès de grandes multinationales au titre de consultants, aux côtés d’un sous groupe, plus modéré que nous appellerons les « Young BOND ».

Cette sous catégorie est composée de jeunes dont la moyenne d’âge oscille entre 25 et 35 ans. Formés à l’intelligence économique pure dans des instituts privés de très haut niveau, ils n’ont pas l’intention – à brève échéance du moins- de brader un savoir acquis à coups de sacrifices financiers non négligeables ($ 10,000 – 15,000). Pour ces « neo-BOND », les principaux outils de travail sont internet, banques de données payantes ou non et cartographie des acteurs. Contrairement aux « For ever BOND », les « Young BOND» tiennent des sites internet et des blogs régulièrement mis à jour. Ils ont étudié la psychologie de la communication et savent que c’est le nerf de la guerre dans la société de l’information. Prudemment, ils publient à dose homéopathique d’assez bons articles à vocation pratique dans la plupart des cas, en direction de cibles très bien déterminées. Ils visent tour à tour les entreprises (aspect utilitaire), leurs collègues et les journalistes (pour la rigueur méthodologique ou une trouvaille) et de temps en temps le grand public (sensibilisation et affirmation d’une identité professionnelle). Mais attention, ils savent créer la rupture, se faire rare pour donner soif à leurs abonnés (flux RSS). Les outils de veille auxquels ils ont accès sur certains moteurs de recherche leur confèrent parfois une notoriété de qualité, à force d’être parmi les premiers à cueillir les informations chaudes. La présentation le 25 février 2008 sur notre blog du livre « L’Afrique répond à Sarkozy contre le discours de Dakar » reprise par d’autres blogs a par exemple généré chez ces derniers un trafic supérieur à celui de la source. C’est un constat, de par la vivacité et la réactivité que confère une jeunesse bien formée, les « Young BOND » veillent, surveillent, recueillent, recoupent et diffusent ce qui met en avant leur expertise sans les dépouiller gratuitement. Majoritairement respectueux de la législation et de l’éthique, ils fonctionnent quasiment toujours en réseaux.

-Le courant “populiste”

Sur la foi de sources généralement crédibles, nos analystes y classent de jeunes personnes âgées de 28 à 38 ans. Souvent formés dans les universités ou ayant succombé aux charmes de la matière à la faveur d’un module d’IE dispensé dans le cadre d’une autre formation de 2è ou 3è cycle, les « populistes » sont les plus enclins à démocratiser l’intelligence économique. Souvent fonctionnaires ou conseils auprès de PME-PMI, leur profession peut se résumer, selon eux, au « management de connaissances disponibles dans l’environnement d’une entreprise en vue d’assurer la compétitivité de cette dernière». Pour l’immense majorité des « populistes », l’IE c’est simplement la veille grâce à des sources humaines ( lecture de journaux, visite de salons, rapports d’étonnement…) avec des logiciels (de préférence gratuits sur internet…) ; c’est ensuite l’installation au sein de entreprise d’une plateforme sécurisée de partage de l’information (interne= employés, externe= collectée via la veille, puis analysée) utile à la prise de décision ; l’IE pour « les populistes », c’est enfin l’influence qui passe, selon eux, par les regroupements professionnels et la mise en commun de leurs moyens respectifs aux fins de lobbying. La simplicité méthodologique des « populistes », pour séduisante qu’elle soit est cependant loin de faire l’unanimité.

Entre les deux grandes catégories ci-dessus, il existe tout de même un ascenseur (celui des caractères ou des comportements conjoncturels). Il permet à certains acteurs IE de passer sans transition d’une classe à une autre ou plus simplement d’échapper à tout classement; sans pour autant que cela aide à démystifier l’intelligence économique aux yeux de la « masse ». D’où la troisième voie, celle que propose l’Afrique.

Ce que propose l’Afrique

Conciliants par nature, sagesse ou stratégie ( ?), les jeunes experts africains ont choisi un symbole, comme le faisaient leurs ancêtres, pour tenter de résoudre l’énigme. Pour ces « centristes » de l’IE en effet, l’intelligence économique ressemble à une figure géométrique de type cubique dont les six faces représentent tout aussi symboliquement autant d’aspects de la même matière. A l’exception du stratège qui garde une vue d’ensemble de l’ouvrage, tous les autres aspects (commerciaux, informatiques, influence…) ont chacun un langage propre. Vue d’ici, la construction donne l’image d’un immense cube de Babel avec une kyrielle de langues différentes. A ceci près que le stratège assure la traduction instantanée de toutes les phrases comportant les signaux : « Partage + information + stratégique», « Compétitivité + entreprises» « Sécurité + économique». Avec cette méthode et des étiquettes bien lisibles aux portes d’entrée, l’intelligence économique s’en trouvera démystifiée, en Afrique tout au moins. Car il faut bien le dire, l’intelligence économique, comme le sport, c’est surtout l’action, celle qui consiste à exploiter l’information ouverte pour être le meilleur en respectant les règles du jeu!

Guy Gweth

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